« Bétouzet, en patois béarnais “le bel oiseau” s’apparente à Bielle par ses proportions harmonieuses et ses impostes en demi-lune.
Mais sa situation à l’écart du hameau d’Andrein lui donne un attrait singulier. Une avenue de chênes druidiques aux ténébreuses ramures aboutit à un rond-point constellé de boules de pierre. En face, un portail ouvre sur la cour des communs ; un autre à droite laisse entrevoir de biais la demeure composée de deux corps de logis : l’aile Louis XIII à l’arrière du côté de la ferme, et sur le devant, la claire façade Louis XV, tout sourire et toute grâce. Si l’on se place sur le perron et qu’on regarde au midi, la vue par une allée bordée de roses et de buis rejoint la terrasse à l’ italienne ou se dessine la montagne entre des pins parasols. Un pont de bois enjambant un bassin à poissons rouges, une tente d’émir arabe dressée l’été à l’ombre des cèdres, un pigeonnier orné de faïences mauresques et voué durant les grandes vacances aux belles lettres conféraient à ce coin de campagne béarnaise le charme inattendu d’un conte persan. Lorsqu’au début du siècle (1900) le peintre Ernest Bordes l’eut acheté à de vielles demoiselles d’Espalungue, il mit à restaurer Bétouzet avec toutes ses compétences. Pas la moindre fausse note dans cet intérieur, mais parfois un détail imprévu, un élément décoratif importé de l’étranger : Angleterre, Espagne, Turquie ou Portugal, rappelait que pour l’artiste, la beauté est sans frontières. Les héritiers d’Ernest Bordes n’ayant pu conserver la maison de leur enfance, un lord irlandais y a transformé en salles de réception les pièces où régnait naguère la
plus délicate intimité… »


Extrait d’un document pris dans un ouvrage sur les habitations béarnaises, de la bibliothèque régionale de Pau, relatant du domaine de Bétouzet.